LES VARIÉTÉS, PROCÉDÉS ET TECHNIQUES

Variétés de céramique

Pâtes tendres

Les pâtes tendres ont pour caractéristique d’être poreuses et sont généralement cuites à une température ne dépassant pas 800 à 900 °C. En fonction de la pâte utilisée, la poterie prend, à la cuisson, une teinte jaune pâle, rouge, brune ou noire. Un enduit protecteur permet de la rendre étanche. La plupart des céramiques peintes qui nous viennent de l’Antiquité ou du Moyen Âge, en Europe ou au Proche-Orient, sont en terre cuite.

Pâtes dures

Les pâtes dures telle la céramique de grès sont imperméables et beaucoup plus résistantes. La température de cuisson peut monter aujourd’hui jusqu’à 1 400 °C. La pâte argileuse prend, dans le cas du grès, une teinte blanche, jaune pâle, grise ou rouge ; elle est ensuite vernissée pour des raisons esthétiques.

Techniques

Les différents types de céramique connaissent des procédés de fabrication communs : le lavage et le pétrissage, le façonnage et la cuisson.

Lavage et pétrissage

La fabrication d’une poterie commence par la préparation du mélange des terres (argiles impures, marne, silice) pour lequel on doit obtenir une homogénéité parfaite, nécessaire au façonnage. La première technique de pétrissage, et la plus rudimentaire, est le piétinement (ou marchage), mais le mélange peut également être battu. On peut aussi ajouter des matières minérales (sable, gravillons, coquilles pilées ou argile cuite et réduite en poudre) à l’argile afin d’en durcir la consistance.

Façonnage

Poterie (travail de l'argile) Après avoir « battu » la terre de façon à la désaérer et la rendre homogène, le potier comprime une boule ronde qu'il place au centre du plateau du tour appelé girelle. La boule est alors montée pour former un cylindre. Pour creuser cette nouvelle forme, le potier laisse descendre un doigt au centre du bloc d'argile. A l'aide de la main gauche placée à l'intérieur, il monte les bourrelets de terre en poussant vers l'extérieur, alors que la main droite, placée à l'extérieur au pied de l'objet, guide la terre vers le haut. Le bord du plat est ensuite formé à l'aide des deux mains puis la pièce est séparée de la girelle avec un mince fil métallique glissé à la base. Elle est enfin prête pour la cuisson, réalisée dans des fours pouvant atteindre une température de 1 400 °C.

Le façonnage à la main d’un boudin de terre (un colombin) que l’on dispose ensuite en spirale est la technique la plus ancienne. Chaque spirale formant un anneau, l’objet est réalisé par superposition d’une succession d’anneaux qui sont ensuite lissés.

L’utilisation du tour permet d’obtenir des formes circulaires régulières. Le tour du potier, apparu au IVe millénaire av. J.-C., se compose d’un plateau rotatif appelé girelle. Après avoir disposé une motte d’argile au centre du plateau, le potier place ses mains de part et d’autre de la paroi de l’objet afin de le façonner. Certains tours fonctionnent à l’aide d’un manche fixé dans une encoche et souvent actionné par l’assistant du maître potier. Appelé tour à main, ce modèle est principalement utilisé par les potiers japonais. Au xvie siècle, en Europe, le tour a été complété par un volant séparé de la girelle et fixé sur un cadre. Actionné au pied, ce volant permet au potier de contrôler la vitesse de rotation du tour. La pédale fait son apparition au xixe siècle. Au xxe siècle, la mise au point du tour électrique permet au potier de régler avec plus de précision la vitesse de la girelle.

L’argile peut également être moulée ou coulée. Dans le premier cas, elle est aplatie, puis pressée contre les parois internes et externes du moule. La technique du coulage apparaît à la fin du xviiie siècle. L’argile est alors versée à l’état liquide dans un moule en plâtre.

Séchage et cuisson

Pour éviter les cassures de cuisson, la poterie doit préalablement sécher à l’air libre. Lorsque l’argile est parfaitement sèche, la cuisson des poteries tendres et poreuses peut être réalisée à basse température (dès 650 °C environ). L’apparition des premiers fours date du VIe millénaire av. J.-C.

Le mode de cuisson, d’abord au bois puis au charbon, au gaz et enfin à l’électricité, a toujours fait l’objet d’une attention toute particulière, car il conditionne la dureté de la céramique. On parvient à des résultats différents en augmentant l’apport d’oxygène à la flamme ou, à l’inverse, en réduisant cet apport en empêchant partiellement l’air d’arriver dans le four. Ainsi, une argile riche en oxyde de fer prendra-t-elle une teinte rouge si elle est cuite dans un four à atmosphère oxydante, tandis qu’elle deviendra grise ou noire dans un four à atmosphère réductrice. Soumis à une atmosphère réductrice, donc pauvre en oxygène, l’oxyde ferreux (FeO2, ou double, Fe2O4), habituellement rouge, perd un atome d’oxygène et se transforme en oxyde ferrique (Fe2O3), de couleur noire.

Techniques décoratives

Les interventions décoratives peuvent être réalisées avant ou après cuisson de l’objet. À la moitié du séchage, lorsque l’argile s’est raffermie, l’objet peut être gravé, creusé, estampillé ou décoré de lignes et de motifs variés. Les parois du récipient sont polies afin de leur donner un aspect plus lisse. Les particules grossières sont ainsi éliminées, et la surface de l’argile, plus régulière, prend un aspect lisse et brillant. Certaines poteries sont polies après cuisson. On a quelquefois recours à un engobe (enduit réalisé à base d’argile épurée, parfois additionné de pigments colorants) dans lequel l’objet (complètement ou à moitié sec) est plongé. L’engobe est ensuite brossé ou gravé à l’aide d’un objet pointu. Certains décors sont gravés sur engobe selon un procédé s’apparentant au sgraffite.

Glaçures

Depuis des siècles, les poteries mates ont toujours été plus répandues que les poteries vernissées. Le vernis, également appelé glaçure, est une substance vitrifiable, obtenue à partir du mélange de composants du verre (silice ou bore), de liants (argile et fondants) et d’éléments fusibles (plomb ou soude). À l’état naturel, le vernis peut être appliqué sur la poterie crue ou bien sur le biscuit, produit de la première cuisson.

Intervient alors la cuisson du vernis au cours de laquelle les ingrédients qui composent le vernis doivent fondre et prendre un aspect vitreux, à une température compatible avec la température de cuisson de l’argile. Certains vernis sont utilisés pour rehausser la couleur naturelle de la poterie, d’autres pour la couvrir.

Il existe plusieurs sortes de glaçures : les glaçures alcalines, très populaires au Proche-Orient, sont brillantes et le plus souvent transparentes. Elles sont principalement à base de silice (sable) et de soufre (nitre). Les glaçures plombifères sont transparentes ; les plus courantes sont obtenues par le mélange de sable et de sulfure ou d’oxyde de plomb. Enfin, les glaçures stannifères (ou émaux), opaques et de couleur blanche, créées par les potiers musulmans du Moyen Âge, sont reprises ensuite par les Espagnols pour la poterie lustrée, par les Italiens pour la majolique et par les Européens pour la faïence — notamment celle de Delft. Les Chinois et les Japonais les utilisent pour réaliser des faïences destinées principalement au marché européen.

La coloration des vernis est obtenue par adjonction d’oxydes métalliques. Ainsi l’oxyde de cuivre donnera-t-il une teinte verte à un vernis plombifère tandis qu’il teintera de turquoise un vernis alcalin. Cuite dans un four à atmosphère réductrice, une poterie décorée à l’oxyde de cuivre prendra une couleur rouge. L’oxyde de fer produit du jaune, du marron, du gris-vert, du bleu ou encore, combiné à certains minéraux, du rouge. Les feldspaths (aluminosilicates naturels) sont utilisés pour décorer les grès et la porcelaine, car ils sont fusibles uniquement à hautes températures. Le résultat obtenu par certains vernis sur les poteries en argile dépend, d’une part, de la composition du vernis et de l’argile, d’autre part, du contrôle de la température de cuisson.

Décors sous glaçure et sur glaçure

La poterie peut également être peinte avant ou après cuisson. Au néolithique, les ocres et autres pigments de terre sont utilisés pour la décoration des poteries mates.

Les oxydes métalliques, utilisés comme composants du vernis ou directement comme éléments de décoration sous glaçure, doivent être fondus à haute température pour colorer le vernis ou pour fixer les couleurs sur l’objet à décorer. Parmi ces oxydes colorants figurent les oxydes de cuivre (vert), de cobalt (bleu), de manganèse (violet) et d’antimoine (jaune).

Lorsque le décor est exécuté à base d’émaux (pigments de terre appliqués en surglaçure), la poterie subit une troisième cuisson à basse température, réalisée en petit feu de moufle afin d’amalgamer émail et vernis.